LE CONSEIL DE DISCIPLINE AU COLLEGE
Je vais vous faire vivre un peu de la vie de l'association des parents d'élèves indépendants. Une sorte de trace écrite de notre activité.
Hier soir, il y avait un conseil de discipline parce qu'un élève a insulté un professeur de français. Normalement je fais parti de la commission "conseil de discipline". Je n'en ai raté aucun jusqu'à présent. Personne ne veut y aller, c'est très dur. Pour une fois, je travaillais ce soir là donc, il m'était vraiment impossible d'y aller. J'ai fait appel à ma suppléante qui était d'accord et qui m'a demandé des conseils.
Voilà ce que je lui ai expliqué :
Il faut savoir qu'un conseil de discipline, c'est un procès comme on en voit dans les films. il y a l'accusé(e), la victime, le président qui est le proviseur, les témoins, les avocats de la partie civile qui sont les profs élus et pour la défense, les délégués de classe ( qui en général se font tous petits ), les parents d'élèves des différentes associations, les parents de l'accusé(e), il ou elle a le droit de venir avec un avocat.
Nous en tant que parents d'élèves, on doit défendre l'accusé(e). Mais, ça c'est de la théorie. Si un élève se comporte de façon trop agressive ou vraiment trop violente, il met en péril d'autres élèves du collège ou du lycée. Nous devons défendre les autres élèves pour qu'ils ne retrouvent pas sur leur chemin cette personne qui risque de les agresser.
Le déroulement :
En premier le proviseur qui préside le conseil ( un prof sert de secrétaire, en général, l'administration ne veut pas que le conseil de discipline soit diffusé à l'extérieur, on est tenu à un principe de réserve ) lit les charges qui sont retenues contre l'accusé et il fait un rapide panégyrique à l'envers de l'accusé en décrivant tous les méfaits connus déjà inscrits dans son dossier. Toute absence non excusée fait partie du lot. Il termine par le fait qui a déclenché la réunion du conseil de discipline.
Attention il peut y avoir deux cas :
1 °) l'élève est dans le collimateur de l'administration depuis quelques temps, il a accumulé les problèmes de travail, de discipline que ce soit pendant les cours ou pendant la récréation. Le conseil est alors réuni parce que la dernière turpitude a fait débordé le vase. " Tant va la cruche à l'eau qu'à la fin elle se casse." L'élève sait déjà qu'il risque le conseil.
2 °) l'élève n'a jamais rien fait, il est complètement inconnu des services de la répression du collège ou du lycée mais, un jour il a fait une faute inexcusable qui nécessite la réunion du conseil de discipline.
Il ne faut pas se faire d'illusion, le conseil de discipline sert a éliminer les élèves qui posent des problèmes. La question est : faut-il le virer ou reste-t'il avec 1 mois a l'essai ? Il n'y a pas d'alternative. C'est pour ça que le conseil de discipline est grave. L'école se désengage de l'élève.
N'oublions pas que l'école n'est pas obligatoire, c'est l'enseignement qui l'est.
A charge des parents de trouver un autre mode d'enseignement mais, l'académie propose toujours un autre collège de substitution.
Une fois le dossier de l'accusation lu, c'est à l'accusé(e) de s'exprimer. Si j'ai un conseil à donner aux élèves qui passent malheureusemnt un conseil de discipline, c'est immédiatement de s'excuser, humblement, s'excuser auprès de la victime, auprès des professeurs, auprès des élèves délégués et de s'excuser auprès de tous les membres du conseil de discipline. Déjà ça calme le débat. Une personne qui s'excuse on lui pardonne dèjà à moitié. Ensuite bien reprendre les faits tel qu'on l'a vécu. L'accusation est toujours partiale. J'ai vu le cas d'un élève qui s'était brutalement acharné contre deux autres élèves avec une très grande violence verbale et physique: si on s'en était tenu à l'accusation, juste en regardant l'agression, on aurait pas su que les deux autres le brutalisait, le rackettait, depuis trois mois et qu'il vivait un véritable enfer en venant au collège ( il faut savoir lire entre les lignes ).
Il ne faut pas tricher en essayant de raconter des histoires à dormir debout, rien que des faits. Prendre à témoin les élèves délégués pour leur demander si ils ont vu en vous un élève dangereux pour la communauté scolaire. Il faut parler haut et clair. Pleurer ça aide, un bon gros chagrin paye plus que des ricanements. Il ne faut pas venir battu et arrogant, en disant c'est perdu d'avance, mon sort est scellé. ça c'est totalement faux. A moins d'avoir fait un acte inqualifiable, si il y a des circonstances atténuantes, le verdict peut-être discuté et l'élève repêché. Attention ne vous attendez pas à de la clémence si vous avez mis un prof en défaut en l'insultant, en l'agressant, votre sort est joué d'avance. Le prof doit revenir dans sa classe la tête haute, on ne fait pas perdre la face à un prof. Sinon il serait complètement grillé vis à vis des autres élèves et il devrait changer de collège.
Une chose aussi c'est la tenue vestimentaire, ne vous habillez pas provoc. Venez au conseil au moins avec vos parents,
vous pouvez également venir avec un(e) ami(e) mais, à par vous soutenir moralement à la sortie ou pendant le délibéré, cette personne vous sera t'elle vraiment utile ?
Une fois que l'accusé(e) a fini de parler, le proviseur passe la parole à la victime pour qu'elle puisse également faire part de son point de vue. Si vous êtes la victime, le meilleur conseil c'est de bien reprendre les faits tels que vous les avez vécus avec votre propre vision des choses, est ce que vous êtes 100% victime ou il y avait un peu des deux ?
A tout moment si vous êtes parent d'élève ou délégué, vous pouvez intervenir maintenant en posant des questions à l'accusé(e) ou à la victime pour vous forger votre idée, éventuellement pour influencer les autres membres du conseil. Si vous avez senti la faille dans l'accusation n'hésitez pas à vous y engouffrer, l'avenir d'un homme ou d'une femme est entre vos mains.
Le tour de table continu, chacun expose les faits, assaisonne l'accusé à sa façon, en bien ou en mal. Parfois le ton monte et des professeurs excédés par un élève qui les gonfle depuis le début de l'année scolaire en profite pour se défouler.
Lorsque le tour de table est complet, qu'il n'y a plus de question, le proviseur demande aux parents, élèves et professeurs ne faisant pas partie du conseil d'administration de quitter la salle pour que le débat à huis-clos commence.
En général le proviseur oriente le débat vers ce que lui veut faire de l'élève. Et ce n'est pas forcément votre jugement. Les palabres commencent, le conseil va débattre pendant que les autres attende dehors ou dans une pièce à côté. Que le débat soit long ou court, n'est pas un critère qui me semble valable pour juger de l'extérieur si c'est bon ou mauvais. Une fois, à un conseil de discipline, le proviseur n'avait pas retrouvé l'urne et aucun bulletin de vote n'était disponible. Il avait fallu improviser une caisse en carton, découper des feuilles en carré alors que le jugement de virer l'élève était acquis depuis le début et par tous. Lorsque l'accusé est entré tout le monde lui avait dit que parce que c'était long, ce devait être bon et bien c'était plutôt raté.
Chacun vote à bulletin secret mais durant le débat, comme chacun a défendu son point de vue, on sait pourquoi vous votez. Le dernier à mettre son bulletin ramène l'urne et la donne au proviseur. Vous pouvez vous abstenir, par un bulletin blanc, décider que l'élève reste ou qu'il soit viré. Le proviseur compte les bulletins pour vérifier que tout le monde a bien voté. Puis il ouvre les bulletins et annonce les possibilités. Selon le vote, il fait un petit commentaire avant de laisser entrer ceux qui piétinent derrière la porte. Tout le monde entre, l'instant est plein d'émotion, le proviseur après avoir attendu le silence annonce le verdict.
Bon, là tout est possible, ça peut aller jusqu'aux insultes, qui sont enregistrées par le professeur "greffier" ou par l'explosion de joie. Au début je ne faisais pas attention aux gens et j'estimais faire mon devoir de parent d'élève délégué et puis un soir on a eu à juger un sale type, à quinze ans il était trafiquant de drogue, connu des services de police, on l'avait trouvé dans l'enceinte du collège en possession d'une arme à feu, enfin le pire quoi. Impossible de le garder, je me demandais même ce qu'il faisait dans notre collège. Et puis j'ai réalisé qu'il avait nos noms et nos adresses mais, comme disait le proviseur adjoint, nous étions dans notre bon droit. Bien que certains conseils de disciplines aient été tendus, je n'ai jamais fait l'objet à titre personnel d'insultes ou de représailles.
J'ai quelques cas poignants en tête, particulièrement une jeune fille de quatorze ans à l'époque des faits et à qui on reprochait d'insulter tout le monde, les profs, les élèves, les femmes de la cantine. Tout le monde était contre elle. Je n'arrivais pas à la cerner et puis je lui est demandé ce qu'elle ressentirait si les autres lui parlait en l'insultant ? Elle a répondu que chez elle tout le monde parlait comme ça et qu'elle ne comprenait pas ce qu'on lui reprochait.
J'avais mal pour elle, à cause de son mileu familiale vulgaire, elle payait cher sa mauvaise éducation. J'ai essayé de la défendre mais, elle a été viré du collège. Ses parents avaient refusés de venir au conseil de discipline, elle était seule contre tous et c'est avec des larmes dans les yeux qu'elle a quitté la salle. Dur dur !
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Pour moi le conseil de discipline n'est pas une solution viable parce qu'en fait les élèves à problèmes tournent d'un collège à l'autre. La fille qui insultait tout le monde est partie dans l'autre collège de la ville un peu plus loin et plus prêt de chez elle. Passez le mauvais moment du conseil, est ce que ses parents vont améliorer leur attitude ou leur façon de parler. Je ne le pense pas. En remplacement de cette fille qui est partie, on a écopé d'un autre élève qui était viré d'un autre collège et avec un dossier disciplinaire pire que ce qu'on avait perdu. Pour ces élèves qui sont en total perdition en raison d'un milieu familiale en décomposition ou démissionnaire, il faudrait placer ces élèves pendant le reste de leurs études dans un pensionnat adapté aux ados difficiles. Je sais c'est pas évident mais en prenant en charge les frais de l'éducation et de la nourriture, ça soulagerait les familles. Les enfants retrouveraient leurs parents durant le week-end et les vacances scolaires et pendant la semaine, on est sûr qu'ils mangeraient à heure fixe, que les devoirs et les leçons seraient apprises, que le langage vulgaire serait réduit ou canalisé.
Pendant ce temps les parents pourrait souffler, on les déchargerait d'un soutien qu'elles ne peuvent pas assurer. A quoi ça sert de parler d'éducation si le père et la mère sont complètement bourrés toute la soirée, si les parents passent leur temps à se taper dessus ?
On a même eu le cas d'un élève alcoolique à 14 ans, il buvait du vin rouge à table chez ses parents eux même avinés.
Du temps de Jules Ferry, c'est la police qui allait chercher les enfants dans les fermes pour les obliger à venir à l'école quand les parents ne les emmenaient pas. Actuellement, on pense que cet esprit républicain du respect de l'école, du maître, du professeur est une chose évidente pour tous. Croyez moi, on en est très loin. Certaines familles d'immigrés on encore l'esprit de nos paysans d'autrefois, il faut agir avec eux comme on agissait dans le temps et tout redeviendra normal et ce n'est pas être raciste que d'éduquer des gens.
Quand je vois des parents qui insultent leurs enfants ou qui leurs parlent mal à la sortie des petites classe du cours élémentaire, je sais déjà que ces enfants partent perdants au collège et à moins d'un miracle, je sais bien qu'ils vont venir alimenter les conseils de discipline.
A quand l'éducation parental ?
Sinon, une fois le conseil terminé, la famille a quinze jours pour contester la décision du conseil de discipline auprès de l'académie. Le professeur "greffier" remet sa prose au proviseur qui va le réécrire sous une forme très administrative ( j'ai été amené à le faire une fois parce que le proviseur était débordé mais, il ne faut pas le dire ).
Si la décision a été prise de virer l'élève du collège, la sanction est immédiate et dès le lendemain, l'élève ne fait plus parti des effectifs du collège ou du lycée. ( les conseils de disciplines au lycée sont peu nombreux, en général, on a éliminé tous les élèves à problèmes au collège qui sert de filtre.)
Sinon, l'élève est mis sous tutelle d'un professeur, en général le professeur principal de sa classe qui est présent au conseil de discipline. Un cahier de suivi est rempli chaque fin de semaine. Les profs marquent leurs appréciations, si le comportement s'améliore ou pas etc. En principe une fois le conseil de discipline terminé, si il y en a un autre, on doit oublier le précédent mais, c'est une nouvelle fois la théorie. En règle générale, un deuxième conseil de discipline est synonyme de "la porte immédiatement !"
Ne croyez pas que le fait de ne pas se rendre à un conseil de discipline fera que vous y échapperez. Beaucoup de gens se déplacent pour cet évènement et il vos mieux être présent pour se défendre plutôt que d'agraver son cas. Un conseil de discipline peut se réunir et est valable même si l'accusé(e) n'est pas là.
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